L’économie, c’est de l’énergie transformée. Aussi pour se déplacer.

La rentrée de septembre est traditionnellement le moment où l’on se penche sur les affaires en perspective. Chez Constantin, 2026 est une année relativement soutenue, à l’image d’une économie suisse dont le PIB a progressé de 1,5 % au deuxième trimestre, soit sa plus forte croissance trimestrielle depuis 2021. Autrement dit, l’économie avance. Modérément, certes, dans un environnement toujours incertain, mais elle avance. Or une économie ne dépend pas seulement de ce qu’elle produit. Elle dépend aussi de sa capacité à faire circuler les personnes, les compétences et le matériel. 

Le 27 septembre, les Genevois devront notamment se prononcer sur un crédit de 39,5 millions de francs destiné à accélérer différents projets transfrontaliers en matière de mobilité, d’environnement et de santé. Parmi les objectifs annoncés figurent le développement de parkings-relais, de lignes de bus à haut niveau de service, de plateformes de mobilité et le prolongement du tram vers Ferney-Voltaire. Selon les estimations présentées dans le cadre du projet, ces infrastructures pourraient retirer quelque 15’000 véhicules par jour des passages frontaliers. 

Je ne souhaite pas ici dire aux Genevoises et aux Genevois ce qu’ils doivent voter. Le sujet me semble plus intéressant encore par la question qu’il pose : comment organiser la mobilité d’une agglomération qui continue à se développer sans entraver ceux dont le déplacement fait partie du métier ?
Pour une entreprise comme Constantin, la question est cruciale. Nos collaborateurs se rendent sur des chantiers, transportent du matériel, assurent des dépannages et interviennent chez les particuliers ou dans les entreprises. Nos véhicules ne sont donc pas de simples moyens de transport : ce sont littéralement nos outils de travail. 

Bien sûr, nous devons réduire les déplacements qui peuvent l’être. Le covoiturage, les transports publics, les parkings-relais ou la mobilité douce constituent des solutions lorsqu’elles sont adaptées aux usages. Dans les zones industrielles comme celle de Plan-les-Ouates, où nous sommes établis, certaines entreprises ont d’ailleurs déjà mis en place des transports collectifs ou des systèmes de covoiturage.
Chez Constantin aussi, nous faisons évoluer nos pratiques : après un premier véhicule de dépannage entièrement électrique, un deuxième véhicule électrique rejoindra notre flotte vaudoise ces prochains jours. Cette démarche prolonge une orientation que nous avons déjà engagée en matière de mobilité responsable. 

La transition consiste à réserver chaque mode de transport à l’usage pour lequel il est le plus pertinent.
C’est précisément la logique que retient aujourd’hui la politique genevoise de mobilité. Le Plan d’actions du transport professionnel 2024-2028 vise à garantir l’accessibilité des professionnels aux différents secteurs de l’agglomération et à faciliter les livraisons et les interventions des artisans. Le Plan d’actions du stationnement poursuit la même logique : réduire le stationnement pendulaire lorsque des alternatives existent, mais améliorer celui des professionnels qui ont besoin de leur véhicule pour travailler. 
Cette distinction me paraît essentielle, car le temps passé dans les embouteillages n’est pas une abstraction pour nos équipes. Depuis quelques années, nous avons vu le temps consacré à nos déplacements augmenter considérablement, à Genève certes, mais également à Lausanne et même à Nyon. Et ce temps a un coût que nous nous refusons, autant que possible, à reporter sur le client.

La mobilité, une question de productivité économique.
Genève possède de nombreux atouts, mais son territoire est particulièrement contraint. Concentration des emplois, étalement de l’habitat au-delà des frontières cantonales, densité du centre et limites physiques du réseau routier rendent l’équation particulièrement complexe. Ce constat n’oppose pas l’économie à l’environnement. Il nous oblige au contraire à sortir de cette opposition.
La ville de demain devra être plus agréable à vivre, plus sobre et mieux desservie. Elle devra donner davantage de place aux transports publics, aux piétons et aux cyclistes. Mais elle devra aussi permettre au chauffagiste, à l’installateur sanitaire, à l’électricien, au technicien de maintenance, au livreur ou aux services d’urgence d’arriver à destination avec les outils dont ils ont besoin.
La votation du 27 septembre aura au moins le mérite de remettre cette question au centre du débat. Pour un chef d’entreprise, elle en soulève une autre, plus large : celle de notre responsabilité collective dans l’organisation d’un territoire où il doit rester possible d’habiter, de travailler, de produire et d’entreprendre. 

 

Olivier Cots, Administrateur et Directeur général